Propriétaire du restaurant « L’Ecureuil, à La Chaux-de-Fonds, Patrick Boillat a organisé une dégustation à l’aveugle de neuf pinots noirs neuchâtelois du millésime 2020. Le domaine de Cressier s’est classé en tête. Compte-rendu de dégustation.
Dehors, la neige tombait serrée, faisant presser le pas aux passants frileux. A l’intérieur du restaurant l’Ecureuil, à La Chaux-de-Fonds, changement de décor : l’enthousiasme du patron, Patrick Boillat, réchauffait aussi sec les participants à la première édition de l’Ecureuil d’or. L’objectif de ce concours « convivial et sans prise de tête » : déterminer le champion des neuf pinots noirs neuchâtelois sélectionnés pour l’occasion dans le très beau millésime 2020.
Le jury était composé d’une douzaine d’épicuriens et de professionnels de la restauration, dont Anthony Gendrat, du restaurant l’Orologio à La Chaux-de-Fonds (à gauche sur la photo ci-dessous), Federico Bertozzini du restaurant Chez Sandro au Locle ou encore Hugues Droz, de l’Hôtel de France à Villers-le-Lac. J’en faisais partie, partageant ma table avec Mireille Bühler, directrice de Neuchâtel vins et terroir. Patrick Boillat nous a servi les neuf vins préalablement carafés à l’aveugle. Chaque juré devait attribuer une note de 1 à 10 à chaque vin – le vin qui obtiendrait le plus de points serait déclaré « Ecureuil d’or ».

Après une dégustation studieuse (mais pas trop), Patrick Boillat a proclamé le palmarès. Les Devins, du Domaine Grisoni, l’a emporté devant la Cuvée 1879, de la Cave des Lauriers, et les Grand’Vignes du Château d’Auvernier.
Les autres vins dégustés (par ordre alphabétique) :
- Clos la Perrière (domaine St-Sébaste)
- Graf Zepplin (La Grillette)
- Haute Couture (domaine De Montmollin)
- Lacrima Nobilis (Cave du Prieuré)
- Les Tyres (Bouvet Jabloir)
- Noir de noir (domaine Divernois)
Il manquait plusieurs stars du vignoble, comme la Maison carrée, le domaine des Landions, Chambleau ou le domaine de la Rochette (Jacques Tatasciore). Malgré tout, le niveau était élevé, avec plusieurs très beaux vins, mais aussi quelques déceptions. Le palmarès :
1er rang : Les Devin 2020 (72 points)
Le domaine Grisoni a joué un rôle pionnier dans le canton en lançant les premières cuvées parcellaires de pinot noir il y a plus de 20 ans, avec des macérations longues.
La cave reste une référence, avec un sens du détail qui s’est encore renforcé depuis 2017 et le rachat du domaine par la maison Scherer & Bühler, déjà propriétaire de La Grillette, également à Cressier. Depuis lors, l’œnologue Annie Rossi est régisseuse des deux domaines.
Dans le millésime 2020, la cuvée est très réussie, avec un nez précis et séducteur, sur les fruits des bois et une note empyreumatique bien intégrée. La bouche est friande, avec un fruit mûr, mais sans excès, sur la groseille et la framboise. Moins riche que d’autres cuvées, mais plus d’élégance malgré une légère amertume finale. Ma note : 91/100
2e rang : 1879 2020 (68 pts)
Pour un coup d’essai, c’était un coup de maître : les cousins Jean-Marc Jungo et Christian Fellmann, du domaine des Lauriers, à Cressier, ont remporté le titre de champions suisses du pinot noir avec cette cuvée, produite pour la première fois dans le millésime 2020. Elle constitue un hommage à leur arrière, arrière grand-père Clément Ruedin, qui a acheté le domaine familial en … 1879 !
Les raisins qui constitue cette cuvée particulière sont issus du parchet « Les Cloux », à Cressier, d’où est issu le pinot noir emblématique du domaine. Les deux cousins ont sélectionné les meilleures grappes de la parcelle de 1,2 hectare pour créer une cuvée exclusive maturée 20 mois en fûts de chêne. 1000 bouteilles ont été produites dans ce premier millésime.
Lors de la dégustation, j’ai eu du mal à noter ce 1879, déjà dégusté avec plaisir à une reprise en 2023. La faute à une légère réduction qui a fini par s’estomper. J’ai trouvé la bouche très (trop) riche, construite sur la puissance. J’ai corrigé ma note à la hausse après l’avoir laissé le vin reposer dans mon verre 30 minutes. Il avait gagné en fruit, mais restait austère. Ma note : 88/100

3e rang : les Grand’Vignes (67 pts)
Plus important encavage du canton (63 ha), le Château d’Auvernier a lancé deux cuvées parcellaires lors du millésime 2014 : les Argiles et les Grand’Vignes. Le premier a remplacé le chardonnay du domaine à la Mémoire des vins suisses (MDVS). Issu d’une parcelle de 9000 m2 sise au nord du village d’Auvernier, élevés deux ans en fûts de chêne, ce pinot dense et structuré est taillé pour la garde.
Les Grand’Vignes présente un profil plus austère mais aussi plus tonique. Dans le millésime 2020, le nez est expressif. Il « pinote » avec ses arômes de petits fruits rouges et une note fumée – le plus bourguignon de la série. La bouche est d’ampleur moyenne, avec un fruit précis et des tanins racés. Belle finale gourmande sur le fruit. Ma note : 92/100
Mon préféré : le Clos de la Perrière
Le vin que j’ai le mieux noté n’a pas atteint le podium. Une première bouteille renvoyée pour un léger bouchon l’a surement pénalisé. La deuxième était parfaite – un pinot vraiment très abouti, dans la ligne de cette cuvée de référence vinifiée par Elodie Kuntzer, fille de Jean-Pierre. Le Clos de la Perrière est entouré de murs en pierres sèches, ce qui permet l’utilisation de la dénomination « Clos ». Son sol est composé de calcaire jaune avec une texture moyenne à lourde et une légère couverture morainique. La vigne y produit des rendements très faibles, oscillant entre 250g et 300g par m2.
Le nez est très fin et complexe, avec de la framboise, de la cerise, de la pivoine et un boisé discret. La bouche est toute en finesse et en délicatesse, avec une micro réduction protectrice qui lui va à ravir. De la dentelle, avec une longue finale. Du bel ouvrage. Ma note : 93/100


