Un nouvel écrin pour l’œil-de-perdrix

Après plus d’un siècle en verre sombre, le rosé de pinot noir change d’image et adopte un flacon transparent. Un virage assumé pour relancer l’intérêt autour de ce symbole du vignoble cantonal.

L’œil-de-perdrix est un symbole historique du vignoble neuchâtelois. On fête cette année le 165e anniversaire de la première mention de ce rosé de pinot noir: en 1861, le vigneron d’Areuse Louis Bovet imprimait une étiquette portant ce nom de fantaisie, qui n’a malheureusement jamais été protégé. Son succès croissant, à la fin du siècle dernier, a incité de nombreux vignerons d’autres cantons à s’approprier l’appellation.Une bouteille brune

Cet ancrage historique se traduit par un anachronisme: depuis près d’un siècle, la bouteille officielle, en forme de flûte, est en verre brun foncé presque opaque. Il est donc impossible d’admirer la robe du célèbre rosé. Comme le souligne avec humour un vigneron du cru, «c’est un peu comme faire la promotion d’îles exotiques avec des photos en noir en blanc: on perd l’essentiel.»

Des pinots noirs nommés Désir

Alexandre Perrochet a repris les rênes du Domaine de la Maison Carrée, à Auvernier/NE en novembre 2024, quelques jours avant le décès subit de son papa Jean-Denis. Il poursuit l’ambition de produire des vins qui expriment l’identité du lieu (article publié sur le site de la Mémoire des vins suisses)

En 15 ans, la «Maison Carrée» s’est imposée comme une référence incontournable du vin neuchâtelois et suisse. Les trois pinots noirs parcellaires du domaine, dont l’Auvernier, membre de la Mémoire des vins suisses, sont très difficiles à trouver pour les amateurs, la demande excédant largement l’offre. Cette pénurie renforce le statut iconique des cuvées du domaine, qui s’affichent à la carte de restaurants partenaires de la Mémoire ainsi que de restaurants mythiques, comme chez Anne-Sophie Pic, triple étoilé Michelin à Valence (FR). 

Cette réussite est le fruit du travail de fond réalisé par Jean-Denis Perrochet, représentant de la 6e génération de la famille à la tête du domaine, décédé subitement en novembre 2024 à l’âge de 63 ans. Triste hasard du calendrier : le vigneron avait remis officiellement les clés du domaine de 10,5 hectares à son fils Alexandre 9 jours plus tôt. « On travaillait ensemble depuis 2015, j’étais donc prêt à prendre la suite, précise le fils avec pudeur. C’est difficile de faire sans lui, bien sûr, d’autant qu’il avait une sacrée force de travail. »

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Le premier « Ecureuil d’or » décerné au domaine Grisoni pour les Devins 2020

Propriétaire du restaurant « L’Ecureuil, à La Chaux-de-Fonds, Patrick Boillat a organisé une dégustation à l’aveugle de neuf pinots noirs neuchâtelois du millésime 2020. Le domaine de Cressier s’est classé en tête. Compte-rendu de dégustation.

Dehors, la neige tombait serrée, faisant presser le pas aux passants frileux. A l’intérieur du restaurant l’Ecureuil, à La Chaux-de-Fonds, changement de décor : l’enthousiasme du patron, Patrick Boillat, réchauffait aussi sec les participants à la première édition de l’Ecureuil d’or. L’objectif de ce concours « convivial et sans prise de tête » : déterminer le champion des neuf pinots noirs neuchâtelois sélectionnés pour l’occasion dans le très beau millésime 2020.

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La crise viticole touche aussi Neuchâtel

Les vignerons du canton sont moins exposés que leurs collègues romands aux aléas économiques. Mais le prix du kilo de raisin va baisser.

Les vignerons valaisans, vaudois et genevois, qui cultivent plus des deux tiers des 14 500 ha de la surface du vignoble suisse, ont la gueule de bois. Depuis le début de l’année, ils encaissent de plein fouet les effets conjugués de la baisse de la consommation et de la forte concurrence des vins étrangers dans le segment d’entrée de gamme.

Cette crise est illustrée par la décision fin janvier du groupe Schenk, maison de négoce basée à Rolle, de ne pas racheter la prochaine vendange à plus de 200 vignerons. Pour le canton de Vaud, le plus touché, cela représente près de 300 hectares de vignes, soit 10% du volume de production potentiel.

 

En gravel sur les coteaux vertigineux de Lavaux

Le vignoble inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO se mérite, avec ses chemins de vigne à la pente abrupte. La société Bikapa propose des parcours sur mesure qui intègrent des haltes gourmandes.

Avec ses pentes raides, le vignoble de Lavaux a représenté un immense défi pour les moines qui ont modelé son paysage dès le XIIe siècle. C’est encore le cas aujourd’hui pour les marcheurs et les cyclistes qui se mettent en tête de découvrir le site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. A part au bord du lac Léman, impossible d’arpenter ce site à plat. Certains chemins de vignes présentent des pourcentages effrayants, qui avoisinent parfois les 30%.

C’est sur ce terrain exigeant que Pierre Daviau a décidé de développer son activité professionnelle dédiée au vélo. Arrivé en Suisse en 2020, cet ancien vététiste de haut niveau a créé Bikapa en juin 2021. Guide diplômé, il propose des parcours sur mesure dans le vignoble, mais aussi au bord du lac ou en montagne, au-dessus de Montreux. Ses groupes utilisent le plus souvent des vélos électriques. «Cela permet à tout le monde de prendre du plaisir, même sans aucun entraînement», précise-t-il.

Au Château Salavaux, une expérience œnotouristique immersive

A la belle saison, le chef Philippe Bouteille propose chaque dimanche soir un menu unique réalisé sur son Feuerring accompagné de vins du Vully.

Dans la jolie cour du Château Salavaux, au pied du Vully vaudois, Philippe Bouteille s’active autour d’une demi sphère noire qui contraste avec le blanc éclatant de sa veste de cuisinier. Le chef aux 14 points GaultMillau vient d’allumer son Feuerring, un brasero doté d’un anneau de feu en acier qui permet une cuisson sans contact avec la flamme. Créé au début des années 2000 par le sculpteur schwyzois Andreas Reichlin, l’objet fait à la fois office d’œuvre d’art et d’outil de cuisson primitive.

Chaque dimanche soir, le cuisinier réalise en extérieur un menu Wine and Dine de cinq plats accompagnés de cinq vins du Vully. Un concept original imaginé par Neïla et Flavio Benedetto, propriétaires et gérants de l’hôtel et restaurant. «C’est une idée de Flavio, précise Neïla, ancienne étudiante de l’Ecole hôtelière de Glion, comme son mari. Il a découvert l’asado lors d’un voyage en Argentine. Il s’est dit qu’il reprendrait le concept de cuisine sur le feu quand il aurait son propre restaurant. C’est l’occasion de se démarquer, d’apporter quelque chose de nouveau.»

Sur les traces des vignerons de montagne du Chablais

Lauréat d’un Regional Best Of Wine Tourism, le Refuge de Solalex, à Gryon, propose une balade gourmande qui permet de se replonger dans l’histoire du vignoble d’avant la première correction du Rhône.

Dans la cour de l’Abbaye de Salaz, haut lieu des mariages en Pays de Vaud et domaine viticole, on se trouve littéralement au pied de la montagne. Situé à Ollon, en bordure de la vallée du Rhône, l’édifice à l’histoire millénaire fait face, côté nord, à un coteau de vignes à la pente abrupte. Plus haut, on aperçoit le joli village d’Antagnes, accessible par une route étroite qui serpente dans le vignoble. A l’est, la silhouette imposante du Grand Muveran, emblème de la région, culmine à 3051 mètres d’altitude.

Ce coup d’œil initial donne une première idée: la balade œnotouristique et gastronomique proposée par le Refuge de Solalex, à Gryon. Intitulée «De la vigne à la montagne», elle offre un concentré de l’histoire du Chablais vaudois: avant la première correction du Rhône, entre 1860 et 1890, le fleuve était une menace constante dans la plaine, où se trouvaient de vastes zones marécageuses. Les paysans-vignerons étaient installés sur la montagne et descendaient cultiver leurs vignes sur les coteaux dominant le Rhône.

Opposition de styles sur neuf millésimes: deux pinots noirs neuchâtelois sous la loupe

La cuvée parcellaire Les Argiles, du Château d’Auvernier, et l’Auvernier de la Maison carrée étaient au coeur d’une dégustation organisée à Zurich dans le cadre du Swiss Wine Tasting. Un grand moment, et la confirmation du grand potentiel d’un vignoble que le spécialiste des cépages José Vouillamoz décrit comme « le miroir de la Bourgogne ».

C’était un des grands moments du Swiss Wine Tasting 2025 organisé au Kunsthaus de Zurich les 24 et 25 août: une verticale de pinots noirs issus de la commune d’Auvernier, à l’ouest de la Ville de Neuchâtel. Deux vins emblématiques de l’appellation – et de l’association Mémoire des vins suisses – étaient proposés à la dégustation sur neuf millésimes (2022-2014): les Argiles, du domaine du Château d’Auvernier, issu d’une vigne de 1 hectare d’une seul tenant située à l’ouest du village, avec un sol lourd et argileux; la cuvée Auvernier, du domaine de la Maison carrée, issues de quatre parcelles situées à l’ouest du village pour un total de 3,5 hectares, sur un sol plus léger, avec des sables sur calcaire.  

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Jonas Huber, le gardien de la montagne magique

Depuis 2016, le jeune vigneron a repris le domaine viticole familial à Monteggio, près de Lugano. Appartenant à l’élite des vins suisses, la cave propose un merlot iconique, le Montagna Magica. Une cuvée qui rivalise avec les mythiques Pétrus et Masseto

La petite route sinueuse, qui mène à Monteggio, escalade une colline boisée, juste après avoir frôlé la frontière italienne. C’est dans ce hameau du Malcantone, à une vingtaine de kilomètres de Lugano, que vit Jonas Huber depuis qu’il est né, il y a un peu plus de 40 ans. Devant la vaste maison familiale rachetée par son père Daniel au début des années 1980, il souligne, sourire en coin, qu’il a longtemps voulu fuir son destin. «Après l’école obligatoire, j’étais prêt à faire n’importe quel métier, sauf celui de vigneron. L’été, quand mes copains allaient à la piscine, je devais aller à la vigne. C’était dur!»

Comme ses deux sœurs, le quadragénaire a vécu de l’intérieur la concrétisation du rêve de retour à la nature de Daniel, Zurichois diplômé en sylviculture de l’EPFZ. «Il voulait travailler la vigne et être en contact avec la terre, poursuit le fils. Le choix du Tessin a avant tout été dicté par une question de moyens. Ici, le prix de l’hectare de vignoble était très abordable, beaucoup plus qu’ailleurs en Suisse.»

Le non-filtré, un quinquagénaire au sommet de sa forme

Le demi-siècle du chasselas à la robe trouble sera célébré le 15 janvier à La Chaux-de-Fonds. L’occasion de revenir sur l’évolution d’une spécialité typiquement neuchâteloise.

Il est né un peu par hasard, a longtemps vécu dans un relatif anonymat avant de connaître un succès croissant ces vingt dernières années. Spécialité typiquement neuchâteloise, le non-filtré, premier vin de l’année et dont la production augmente continuellement, est au sommet de sa forme à l’heure de fêter son 50e anniversaire.

Pour marquer le coup, Neuchâtel Vins et Terroir (NVT) organise un jubilé le 15 janvier prochain aux anciens abattoirs de La Chaux-de-Fonds. En début d’après-midi, un jury composé d’abonnés d’«ArcInfo» aura le privilège de déguster les vins en primeur et de décerner le 1er prix des lecteurs.