Le mystère de la chartreuse, un spiritueux spirituel

Icône de la gastronomie et de la mixologie, cet élixir inventé par des moines français reste auréolé de mystère. Qui veut le percer devra remonter à ses origines austères, au début du XVIIe siècle.

«On ne visite pas le monastère.» Le panneau de bois installé à côté de l’entrée principale de la Grande Chartreuse confirme qu’on est arrivé à destination. Le cloître et ses dépendances, avec leurs 4 hectares de toitures ceinturées de murs, forment un lieu hors du temps, dédié à la solitude et à la prière. On y accède exclusivement à pied depuis le musée, 2 kilomètres en contrebas. Les visiteurs sont invités à rester discrets: dès 1084 et leur installation dans le petit vallon isérois, à 1200 mètres d’altitude, les moines ont délimité un espace réservé, le désert des chartreux, qui leur garantit une zone de silence propice au recueillement.

Cette austérité, renforcée ce jour-là par le brouillard accroché aux sommets environnants, tranche avec l’immense succès de la chartreuse, liqueur produite par l’ordre catholique depuis 1605. Décliné en deux versions, la «jaune» (qui tire à 43 degrés) et la «verte» (55 degrés), cet «élixir de longue vie» est en effet devenu une icône de la gastronomie et de la mixologie. Certaines anciennes cuvées VEP (pour «vieillissement exceptionnellement prolongé») s’échangent ainsi à plusieurs dizaines de milliers de francs, comme en mars 2023 lors d’une vente aux enchères organisée par Baghera/wines.