En gravel sur les coteaux vertigineux de Lavaux

Le vignoble inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO se mérite, avec ses chemins de vigne à la pente abrupte. La société Bikapa propose des parcours sur mesure qui intègrent des haltes gourmandes.

Avec ses pentes raides, le vignoble de Lavaux a représenté un immense défi pour les moines qui ont modelé son paysage dès le XIIe siècle. C’est encore le cas aujourd’hui pour les marcheurs et les cyclistes qui se mettent en tête de découvrir le site classé au patrimoine mondial de l’UNESCO. A part au bord du lac Léman, impossible d’arpenter ce site à plat. Certains chemins de vignes présentent des pourcentages effrayants, qui avoisinent parfois les 30%.

C’est sur ce terrain exigeant que Pierre Daviau a décidé de développer son activité professionnelle dédiée au vélo. Arrivé en Suisse en 2020, cet ancien vététiste de haut niveau a créé Bikapa en juin 2021. Guide diplômé, il propose des parcours sur mesure dans le vignoble, mais aussi au bord du lac ou en montagne, au-dessus de Montreux. Ses groupes utilisent le plus souvent des vélos électriques. «Cela permet à tout le monde de prendre du plaisir, même sans aucun entraînement», précise-t-il.

Le mystère de la chartreuse, un spiritueux spirituel

Icône de la gastronomie et de la mixologie, cet élixir inventé par des moines français reste auréolé de mystère. Qui veut le percer devra remonter à ses origines austères, au début du XVIIe siècle.

«On ne visite pas le monastère.» Le panneau de bois installé à côté de l’entrée principale de la Grande Chartreuse confirme qu’on est arrivé à destination. Le cloître et ses dépendances, avec leurs 4 hectares de toitures ceinturées de murs, forment un lieu hors du temps, dédié à la solitude et à la prière. On y accède exclusivement à pied depuis le musée, 2 kilomètres en contrebas. Les visiteurs sont invités à rester discrets: dès 1084 et leur installation dans le petit vallon isérois, à 1200 mètres d’altitude, les moines ont délimité un espace réservé, le désert des chartreux, qui leur garantit une zone de silence propice au recueillement.

Cette austérité, renforcée ce jour-là par le brouillard accroché aux sommets environnants, tranche avec l’immense succès de la chartreuse, liqueur produite par l’ordre catholique depuis 1605. Décliné en deux versions, la «jaune» (qui tire à 43 degrés) et la «verte» (55 degrés), cet «élixir de longue vie» est en effet devenu une icône de la gastronomie et de la mixologie. Certaines anciennes cuvées VEP (pour «vieillissement exceptionnellement prolongé») s’échangent ainsi à plusieurs dizaines de milliers de francs, comme en mars 2023 lors d’une vente aux enchères organisée par Baghera/wines.

L’improbable retour au pays d’une bouteille de fée verte

En 1872, le naufrage d’un trois-mâts français en mer de Java engloutit une cargaison d’absinthe du Val-de-Travers destinée à la Cochinchine. Repêché en 1991 par des chasseurs de trésor, un des flacons est la vedette de l’exposition «Une bouteille à la mer» à la Maison de l’absinthe de Môtiers.

Malgré son grand âge, elle a gardé ses courbes parfaites. Sur le verre soufflé couleur olive, des taches blanches témoignent de son immersion pendant cent vingt ans dans les eaux tièdes de la mer de Java. A la base du col, un sceau gravé en creux attire l’œil: «E. Pernod, Couvet». Un indice qui ne trompe pas: il s’agit d’un ancien flacon d’absinthe du Val-de-Travers, vedette de l’exposition Une bouteille à la mer organisée par la Maison de l’absinthe, à Môtiers (NE).

Une bouteille malheureusement délestée de son contenu à la suite du naufrage du Marie-Thérèse, bateau parti de Bordeaux en novembre 1871 les cales pleines de marchandises. Elle reste néanmoins un témoin précieux de son époque, rappelant que l’absinthe était un alcool en vogue au XIXe siècle. Ce n’était plus le cas quand elle a été remontée à la surface par des chasseurs de trésors en 1991: la fée verte était devenue une boisson clandestine à la suite de son interdiction en Suisse en 1910, puis en France en 1915. Avec le même soupçon des deux côtés de la frontière: sa consommation «rend fou».

Bérézina neuchâteloise au concours des vins suisses

Les vins neuchâtelois sont absents du palmarès du Grand Prix des vins suisses 2024. Une déception d’autant plus grande qu’ils s’étaient distingués l’année précédente.

Dans le vocabulaire sportif, où l’hyperbole est reine, on parlerait de bérézina. Les vins neuchâtelois ne sont pas représentés parmi les 92 finalistes du Grand Prix du vin suisse 2024, dont le palmarès sera dévoilé le 18 octobre prochain à Berne.

Dans les quinze catégories du concours (par cépage, assemblage, etc.), les vins valaisans se taillent la part du lion avec 50 finalistes. Une domination inédite pour le plus grand vignoble du pays. La performance neuchâteloise est d’autant plus décevante que l’édition 2023 du concours avait tout particulièrement souri aux vins du cru.

La Fête des vendanges, une aubaine pour les vignerons?

Combien de bouteilles peut vendre un vigneron à la Fête des vendanges de Neuchâtel? Quels types de vins sont servis à cette occasions? Les explications de Martin Porret, vigneron à Cortaillod.

Succès de la bière et des cocktails oblige, on a parfois tendance à l’oublier: la Fête des vendanges de Neuchâtel, ainsi que ses petites sœurs du Littoral, ont été créées pour célébrer le vin et la récolte du raisin.

Les festivités restent d’ailleurs un moment important pour la plupart des encaveurs de la région, qui cherchent à être présents dans un maximum de stands.

Vigneron à Cortaillod, Martin Porret fait partie des fidèles de la Fête des vendanges de Neuchâtel, mais aussi de celle de son village, qui se déroule une semaine plus tard. « Pour nous, ces fêtes sont très importantes. La convivialité l’emporte sur l’aspect commercial. »

Johannes Rösti: «Les toutes petites exploitations agricoles ne peuvent pas survivre»

[LE GRAND ENTRETIEN] Climat, produits étrangers, viande, lait, bio: nouveau chef du Service neuchâtelois de l’agriculture, Johannes Rösti répond à nos questions.

Chef du Service cantonal de l’agriculture depuis le 1er mai 2024, Johannes Rösti affiche un CV très riche avec des expériences en Angleterre et en France. Après un doctorat en biochimie et génétique végétale, il a travaillé pour Kronenbourg où il a obtenu un diplôme de brasseur, puis pour le centre suisse de recherche en agronomie Agroscope, comme chef du groupe de recherches en œnologie et responsable de la cave expérimentale.

Le Bernois originaire de l’Emmental est arrivé dans le canton de Neuchâtel en juillet 2018 pour prendre la direction de la Station viticole cantonale et de l’Office de la viticulture et de l’agroécologie. Il tire un premier bilan un peu plus de quatre mois après la prise de ses nouvelles fonctions.

Caves ouvertes: ces domaines qui soignent l’accueil

Les domaines viticoles du canton de Neuchâtel ouvrent leurs portes ce vendredi 3 et ce samedi 4 mai. Certains misent particulièrement sur l’accueil de leur clientèle, comme cela se fait dans les grands vignobles internationaux. Les responsables du Château d’Auvernier et de la maison Mauler, à Môtiers, nous en parlent.

Vous ne faites pas la différence entre l’oeil-de-perdrix et la perdrix blanche? Vous peinez à distinguer un chasselas d’un chardonnay? N’hésitez pas à vous rendre aux caves ouvertes neuchâteloises ce vendredi 3 mai après-midi et ce samedi 4 mai. C’est l’occasion rêvée de développer vos connaissances en matière de vins régionaux. Pendant deux jours, 34 domaines feront goûter leurs différentes cuvées. Seuls les vignerons de Cressier manqueront à l’appel en raison d’une collision de calendrier avec la 48e Fête du vin nouveau.

La plupart des vigneronnes et des vignerons reçoivent leurs visiteurs comme ils le peuvent, dans des espaces chargés d’histoire mais pas toujours très adaptés à la dégustation. «A Neuchâtel, nous sommes un peu en retard en matière de locaux dédiés à l’accueil clients», reconnaît Mireille Bühler, directrice de Neuchâtel Vins et terroir. Cela s’explique notamment par la petite taille des domaines viticoles en comparaison avec d’autres régions.»

Les champagnes de vignerons, au bonheur des bulles

Dans l’ombre des grandes maisons, les récoltants-manipulants proposent des cuvées qui sortent des sentiers battus. L’éclairage d’un expert, Tzvetan Mihaylov.

Les producteurs de champagne, c’est comme le bonheur: il y a les petits et les grands. Depuis un quart de siècle, les petits ont la cote, avec leur propension à sortir des sentiers battus (par les grands) et à montrer la voie, notamment pour promouvoir une viticulture respectueuse de l’environnement. Un domaine dans lequel la Champagne a longtemps été en retard.

Les petits? Les vignerons, appelés récoltants-manipulants, qui cultivent le raisin, font la vendange, élaborent leur champagne et le commercialisent eux-mêmes. «L’émergence de ces artisans s’inscrit dans un retour à la notion de terroir, en réaction à la toute-puissance des marques, analyse Tzvetan Mihaylov, ambassadeur suisse du champagne 2011. Ce sont avant tout des viticulteurs qui sont revenus à la source: la production de beaux raisins.»

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Les pinots noirs neuchâtelois au sommet du vin suisse

Après le titre national de la Cave des Lauriers, le domaine des Landions a remporté une dégustation mêlant des vins de référence issus de tout le pays. Compte-rendu de dégustation.

Les connaisseurs le savent bien: le pinot noir trouve à Neuchâtel des conditions idéales pour son épanouissement. Il se sent particulièrement à l’aise sur les sols calcaires du Littoral, son climat tempéré par la proximité du lac, qui atténue les rigueurs de l’hiver et les canicules estivales. Jusqu’ici, le cépage bourguignon a profité du réchauffement climatique, avec des maturités plus régulières de millésime en millésime. Le profil des vins reste le plus souvent frais, avec une belle expression du fruit.

Le lien privilégié entre Neuchâtel et le pinot noir a été souligné cette année avec le titre national remporté le 6 octobre dernier par la Cave des Lauriers, à Cressier, lors du Grand Prix du vin suisse à Berne (GPVS). Il a été confirmé deux semaines plus tard par une dégustation à l’aveugle organisée par «ArcInfo» au restaurant la Halle des sens, à La Chaux-de-Fonds. En compétition: 16 vins issus de toutes les régions de Suisse (sept cantons représentés), dont 14 élevés en fûts de chêne et issus du très beau millésime 2020.

La bondola, un patrimoine à sauvegarder

Historiquement hégémonique au nord du Tessin, le cépage a été peu à peu remplacé par le merlot. L’association Slow Food s’engage pour le protéger.

Avec un peu moins de 15 000 hectares répartis dans toute la Suisse, la vigne fait intimement partie du paysage national. Ces 50 dernières années, le vignoble a connu une révolution silencieuse: de nouvelles variétés de raisins ont remplacé des variétés locales, moins productives ou plus fragiles. C’est le cas de la bondola, cépage rouge originaire du nord du Tessin, menacé de disparition. «Dans les années 1950, elle recouvrait encore plus de 50% du vignoble du Sopraceneri», souligne Giorgio Rossi, vigneron à Sementina, qui en possède un demi-hectare, ce qui fait de lui le plus gros producteur du Tessin.