Georges Wenger, héraut jurassien

Le chef deux étoiles partira à la retraite le 15 décembre prochain après trente-sept ans d’une activité insatiable. Parti de rien, il s’est imposé comme une référence incontournable de la gastronomie helvétique.

Devant l’entrée de son restaurant baignée par le soleil d’automne, Georges Wenger accueille sa clientèle d’une solide poignée de main. Ce jour-là, ses phalanges présentent une belle couleur jaune curry. «Je viens de préparer une sauce avec du curcuma», précise-t-il, accueillant avec simplicité les premiers visiteurs qui arrivent pour le repas de midi. Parmi eux, des gens de la région, mais aussi des Alémaniques et des Genevois venus «profiter une dernière fois» de la cuisine du chef doublement étoilé avant son départ à la retraite, le 15 décembre prochain.

L’annonce de l’arrêt du cuisinier jurassien, fin août, a entraîné une déferlante de réservations. Le Noirmont est devenu, pour quelques mois, un lieu de pèlerinage pour tous les amoureux de gastronomie et de beaux produits. «On a de la peine à suivre, le téléphone sonne tout le temps», sourit le maître des lieux. Pourquoi se retirer maintenant, alors qu’il bénéficie d’une santé de fer et d’une silhouette de jeune homme? «J’ai eu 64 ans le 31 août, il faut bien s’arrêter un jour. Avec mon épouse Andrea, cela fait dix ans que nous préparons la transmission de l’entreprise. Ça ne s’improvise pas.»

La maison Bonnard championne de monde de la mondeuse

La mondeuse de Montagneux 2016 produite dans le Bugey remporte le 3e édition du Trophée internationale de la mondeuse, redonnant l’avantage à la France. Un vin d’esthète qui a survolé la finale.

La mondeuse est un cépage encore méconnu, avec moins de 400 hectares en production sur la planète, quasi exclusivement en Savoie et dans le Bugey. Une surface en progression, si l’on en croit l’encyclopédie des cépages Wine Grapes. Il se développe aussi en Suisse, tout au long du Rhône et du Léman, en Californie, en Australie et en Sicile, sur les pentes volcaniques de l’Etna.

Sur fond de rivalité franco-suisse, deux passionnés, le Savoyard Franck Merloz et le Valaisan José Vouillamoz, ont eu l’idée de dédier un trophée au cépage alpin. Après une victoire française lors de la première édition il y a quatre ans et une victoire suisse il y a deux ans, la 3e édition du Trophée international de la mondeuse s’est déroulée le 3 novembre dernier à la Maison du terroir de Lully (GE).

Vingt vins étaient en compétition, issus de quatre pays (France, Suisse, Etats-Unis, Italie). Ils ont été départagés à l’aveugle par un jury international de neuf membres, dont l’auteur de ces lignes.

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Un pata negra à l’accent neuchâtelois

Tomas et Eleuterio Alcala produisent à Vaucarmus, dans le canton de Neuchâtel, un jambon issus de porcs blancs et de porcs laineux hirondelles. Salaison au grenier, affinage à la cave: ils invitent à découvrir leur art.

En grimpant l’escalier de bois, on perçoit déjà leur odeur de fruits secs et de sous-bois. Suspendus à des cordes amarrées à des poutrelles, les jambons occupent tout l’espace du grenier. Ils sont un peu plus de 600, issus de porcs blancs et de porcs laineux hirondelles, une race rustique cousine des célèbres ibérico espagnols, aussi appelés pata negra (pattes noires). C’est le résultat d’une année de travail de Tomas et Eleuterio Alcala, artisans installés à Vaumarcus (NE). Ce dimanche matin-là, une chaîne humaine composée d’amis fidèles s’apprête à descendre les pièces une par une dans la cave de la bâtisse du XVIIIe siècle pour un affinage de 12 à 36 mois, parfois plus.

Cette «désalpe», comme l’appellent les deux frères avec enthousiasme, marque la fin de la belle saison. Le printemps et l’été ont permis aux jambons fraîchement salés de sécher sous le toit, où la température monte parfois à plus de 30 degrés. «Durant cette période, chaque pièce perd environ 40% de son poids initial, précise Eleuterio, le cadet. L’affinage dans la fraîcheur et l’humidité de la cave permet le développement de microflore sur les jambons. Cela favorise l’épanouissement des saveurs, exactement comme pour le fromage.»

Chez Bichon, une ode à la tradition

A Bémont, un hameau situé non loin du lac des Taillères, se trouve une des meilleures adresses du Jura neuchâtelois avec sa cuisine familiale et soignée. A découvrir absolument.

A Bémont, dans la vallée de La Brévine, on passe rarement par hasard. C’est dans ce hameau situé non loin du lac des Taillères que se trouve une des meilleures adresses du Jura neuchâtelois: le restaurant Chez Bichon, qui propose depuis 1968 une cuisine familiale et généreuse. Le patron, Jean-Philippe Huguenin, 51 ans, est secondé derrière les fourneaux par sa fille aînée, Samantha. Son épouse, Jocelyne, et la cadette, Nathalie, virevoltent en salle, avec le soutien ponctuel d’extras. Désormais retraité, le père de Jean-Philippe, Robert, dit «Bichon», est souvent présent avec son épouse à la table du fond, près du bar, où ils ont longtemps tenu le premier rôle.

Les Grains nobles, un patrimoine valaisan

Les célèbres vins liquoreux du Vieux pays traversent une passe délicate. Mais pas de quoi s’inquiéter pour leur pérennité, assure le nouveau président de la Charte, Robert Taramarcaz.

Des consommateurs de moins en moins portés sur les produits sucrés. Des millésimes récents peu favorables au développement du fameux botrytis cinerea, qui leur donne patine et complexité. Les vins liquoreux valaisans de la Charte Grain Noble confidentiel traversent une période difficile après le boom de la première décennie des années 2000. Mais pour Robert Taramarcaz, qui a pris l’an dernier la succession d’Emmanuel Charpin à la présidence de la charte, il n’y a pas lieu de s’inquiéter: « On ne peut pas comparer la situation valaisanne avec les vins de Sauternes, par exemple. Aucun de nos membres n’imagine faire recette avec ce type de vins, qui représente une part infime de chaque production. L’objectif est de réaliser un vin doux de rêve malgré les caprices du temps… C’est un véritable défi, c’est pour cela que nous sommes si «ConfidenCiel»! »

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«Champagne!»: A la découverte de six cuvées d’orfèvres

Artisans qui cultivent la vigne et vinifient leur vendange, les récoltants-manipulants ont le vent en poupe. Découverte de six vins produits par des vignerons de talent avant les festivités du weekend

Les producteurs de champagne, c’est comme le bonheur: il y a les petits et les grands. Depuis vingt ans, les petits ont la cote, avec leur propension à sortir des sentiers battus (par les grands) et à montrer la voie pour promouvoir une viticulture respectueuse de l’environnement.

La Romanée-Conti, mythe parmi les mythes

Bien sûr, cela reste du vin. Mais la dégustation des cuvées du domaine de la Romanée Conti (DRC) constitue une expérience à part, une forme de Graal bachique. Cela n’a rien à voir avec du snobisme: les vins du domaine ont beau être devenus des produits financiers prisés des spéculateurs, ils représentent pour tout passionné la quintessence de ce que peut offrir le pinot noir. Des vecteurs d’émotion sans nul autre pareil qui traduisent le terroir exceptionnel de Vosne-Romanée.

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Les délices de Vienne

La capitale autrichienne est une destination attractive pour les amoureux de la gastronomie. Avec en vedette le fameux Wiener schnitzel, cousin de l’escalope milanaise.

Une fine escalope de veau aplatie au maillet, des œufs, de la panure de première qualité et du beurre clarifié pour la cuisson. La préparation de la fameuse escalope viennoise, plus connue sous son nom original de Wiener schnitzel, semble être d’une simplicité enfantine. Rien n’est plus faux: la dégustation d’au moins cinq spécimens dans différents restaurants de Vienne, mi-octobre, a mis en évidence d’importantes différences qualitatives, avec souvent une panure beaucoup trop abondante. De quoi susciter plusieurs déceptions pour le gourmet à la recherche d’émotions culinaires.

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Didier Burkhalter, le goût du lac et du terroir

C’est parti: la Semaine suisse du Goût 2017 a été ouverte cette semaine à Berne par le conseiller fédéral Didier Burkhalter. Il a dédié son discours au terroir neuchâtelois devant les trois candidats à sa succession présents dans la salle – l’élection approche…. Cela tombait à pic: cette année, c’est sa ville de Neuchâtel qui est « Ville suisse du Goût ».

Le chef du Département fédéral des affaires étrangères a insisté sur son attachement « à son terroir », à ses racines profondément ancrées sur le Littoral neuchâtelois. Sur le ton de la confidence, il a raconté que sa vocation de conseiller fédéral est née de la rencontre de deux natures: la sienne et celle de son canton.

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Claude Frôté: « Je ne cherche pas la sophistication »

Son père aurait souhaité qu’il devienne avocat, comme lui. Claude Frôté est devenu cuisinier avec le goût de la plaidoirie et des beaux produits. Attablé dans la salle de son restaurant, le Bocca, juste après le coup de feu de midi, le chef est intarissable: il défend avec la même verve la finesse de la féra du Lac de Neuchâtel et les saveurs exotiques d’épices orientales. Un métissage qui est un des fils conducteur de sa cuisine. « J’aime voyager et faire des découvertes culinaires, précise-t-il avec enthousiasme. Cela me donne des idées pour créer des nouveautés. » Continuer la lecture de « Claude Frôté: « Je ne cherche pas la sophistication » »